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Les Sept Couronnes sont-elles une monarchie féodale ou absolue ?

Lorsque que l’on analyse la société des Sept Couronnes, la question du type de régime en place revient souvent, que ce soit pour des questions de succession, de droit ou d’armée. Régulièrement, les gens hésitent à désigner la monarchie de Westeros comme féodale ou absolue. je vous propose dans ce nouvel article d’analyser comment s’organise le royaume pour déterminer auquel des deux systèmes il correspond.

Description des deux systèmes

La monarchie absolue

Ce type de monarchie est appelée absolue car elle se réfère à l’absolutisme. Voici une première définition de l’absolutisme :

  1. Système politique dans lequel le pouvoir est concentré entre les mains du souverain, qui en exerce tous les attributs (législation, justice, administration).
  2. Tout pouvoir exercé sans limite et sans partage.

Dictionnaire Larousse en ligne

En voici une deuxième :

Système de gouvernement où le pouvoir du chef de l’État est absolu. ➙ autocratie, despotisme, dictature, tyrannie.

Dictionnaire Le Robert en ligne

Donc la monarchie absolue correspond à un système où le roi possède tous les pouvoirs et règne sans aucune contestation ni contrepouvoir. Il est le garant de toutes les décisions législatives et juridiques, qui ne sont prises que sous sa propre initiative ou sous celle de ses délégués dans tous le royaume (comme les intendants de Louis XIV). Ces envoyés répondent directement du roi et sont les responsables des politiques locales.

Sous la monarchie absolue, les autres membres de la noblesse perdent leur autonomie et leurs pouvoirs militaire et politique, pour ne garder que leurs privilèges. Le roi est le seul détenteur de ceux-ci, et il peut choisir de les déléguer, mais toujours temporairement.

Schéma de la monarchie absolue sous Louis XIV (académie de Nancy-Metz)

La monarchie féodale

Comme pour la monarchie absolue, je vous propose une définition de la monarchie féodale :

La monarchie féodale, comme son nom l’indique, repose sur deux piliers : le monarque et les féodaux, autrement dit les vassaux. Tout le problème est d’atteindre un équilibre entre ces deux forces antagonistes par nature : la force centralisatrice incarnée par le roi et les forces centrifuges de la féodalité. 

Les monarchies féodales et l’expansion européenne, George Minois, 2019

Le propre de la monarchie féodale, c’est donc la présence des vassaux, qui cohabitent avec leur suzerain et se partagent les pouvoirs au sein du royaume. Par partage des pouvoirs, on entend la capacité à dispenser la justice, de lever une armée, de faire appliquer les lois et de collecter les impôts et taxes. Les vassaux détiennent ces pouvoirs sur leurs terres, tandis que le suzerain les détient sur ses propres terres uniquement.

Pour s’accorder, les vassaux et leur suzerain s’organisent autour d’un contrat de vassalité : le suzerain (le roi) attribue des terres, des titres et accorde sa protection à ses vassaux, qui eux lui doivent obéissance et soutien. En cas de désobéissance à ce contrat de vassalité, les vassaux ou le suzerain sont en droit et en capacité de demander réparation à l’autre partie, souvent par la guerre ou par des sanctions.

Sous le pouvoir féodal, la puissance du suzerain dépend de la loyauté et du soutien de ses vassaux. Son armée est composée de levées en provenance des terres vassales, et est donc l’assemblage de plusieurs armées différentes. L’armée royale fixe n’existe pas et dépend de sa capacité à fédérer les osts de ses vassaux derrière lui.

Schéma de la pyramide féodale (Maxicours)

L’une des particularités du pouvoir féodal, c’est la lutte constante entre les deux parties pour la détention du pouvoir : le suzerain cherche toujours plus à centraliser les pouvoirs et à dominer ses vassaux (et tendre vers l’absolutisme) tandis que ceux-ci cherchent à s’émanciper le plus possible de leur suzerain et à être autonomes (et tendre vers l’indépendance potentiellement).

Au cours de l’histoire d’un système féodal, la relation peut se trouver à un différent niveau de ce spectre selon la période. Un suzerain peut parfois posséder un fort pouvoir ou alors être très en retrait vis-à-vis de ses vassaux, sans que cela ne brise le système féodal (qui repose sur leur existence et leurs droits).

Quel système correspond aux Sept Couronnes ?

À la lumière de ces deux définitions, il est facile de déterminer quel système est en vigueur dans le royaume des Sept Couronnes. En effet, la société de Westeros porte tous les marqueurs de la société féodale, dont elle est d’ailleurs inspirée.

Il est cependant nécessaire d’analyser cette société à l’aide d’un spectre afin de savoir à quel niveau le pouvoir féodal d’une période donnée se situe. Pour les besoins de cet article, j’ai créé un graphique pour que mes explications soient plus parlantes :

De sorte à ce que l’analyse et la réponse à la question de départ soient les plus claires possible, nous allons analyser la société des Sept Couronnes de manière chronologique, et plus précisément la séparer en deux grandes périodes.

L’ère des dragons (0-153) : l’illusion de l’absolutisme

L’un des premiers arguments avancés par les défenseurs de la thèse qui verrait les Sept Couronnes être une monarchie absolue, c’est l’hégémonie des Targaryen pendant les règnes de Aegon Ier, Jaehaerys Ier et Viserys Ier. Et en effet, il est indéniable que ce fut la période où le royaume s’est le plus rapproché d’une situation absolutiste.

Lors du sommet de la puissance des Targaryen, vers la fin du règne de Jaehaerys le Conciliateur et lors du règne de Viserys Ier, nous nous plaçons à la droite du spectre de la polarisation du pouvoir féodal. L’existence des dragons et leur contrôle quasi-exclusif par la maison Targaryen (la maison Velaryon étant la seule exception connue) offre une puissance hégémonique au roi et donc une domination militaire sans concurrence.

C’est aussi à cette période que Jaehaerys Ier a le plus entreprit de travaux juridiques afin d’entamer une centralisation du pouvoir royal, passant par l’uniformisation des lois et l’instauration de codes communs aux différentes régions du royaume.

Cependant, il est fondamentalement impossible de considérer cette période comme celle d’une monarchie absolue. Elle en porte certains codes, le pouvoir du suzerain étant à son paroxysme et écrasant celui de ses vassaux, mais des marqueurs identitaires inhérents au système féodal sont toujours en vigueur.

« Each of the conquered kingdoms had its own laws and traditions. King Aegon did little to interfere with those. He allowed his lords to continue to rule much as they always had, with all the same powers and prerogatives. The laws of inheritance and succession remained unchanged, the existing feudal structures were confirmed, lords both great and small retained the power of pit and gallows on their own land, and the privilege of the first night wherever that custom had formerly prevailed.« 


Fire & Blood: Three Heads Had The Dragon – Governance Under King Aegon I

Après sa conquête des Sept Couronnes et son installation sur le trône de Fer, Aegon Ier établit les structures fondatrices de son royaume. Et on voit ici immédiatement apparaître la structure clé du système féodal, tel qu’il l’a été dans la réalité mais aussi à Westeros. Les seigneurs vassaux du suzerain Aegon conservent leurs terres (don du fief par le suzerain), leurs droits féodaux, de succession, le droit de haute et basse justice sur leurs terres (le pouvoir juridique littéralement).

Aegon Ier, art by Amok

Inutile de préciser que les seigneurs conservent également leur capacité à lever une armée, à collecter les impôts (tout en ayant l’obligation d’en verser une partie au trône de Fer) et à mener leurs propres guerres personnelles (bien qu’Aegon ait instauré la Paix du Roi, qui le place en tant qu’arbitre des conflits entre les seigneurs).

L’existence d’une infinité d’armées indépendantes du pouvoir royal, répondant en premier lieu à leur seigneur est un des marqueurs les plus forts du pouvoir féodal. Ici, comme à Westeros, pas d’armée royale à l’échelle du royaume tout entier. Les armées potentiellement convoquées par le roi dépendent du bon vouloir des seigneurs et de leur volonté à aider leur suzerain.

Bien évidemment, l’existence des dragons vient cour-circuiter l’application simple du système féodal, en annulant la balance des pouvoirs militaires qui existe normalement entre suzerain et vassaux.

Sans cette balance, la porte est ouverte au pouvoir royal pour avancer ses droits et gratter de plus en plus de pouvoir dans sa lutte tacite avec les vassaux. C’est exactement ce que démontre le règne de Jaehaerys Ier.

Le cas de l’abrogation de la coutume de la première nuit est une exemple riche et extrêmement intéressant à analyser dans cette optique. Lorsque la reine Alysanne demanda au conseil restreint du roi Jaehaerys d’abolir cette coutume barbare, elle rencontra de prime abord une certaine réticence de la part du roi et de certains de ses conseillers.

« King Jaehaerys smiled at that, but it was plain that he was becoming increasingly uncomfortable. “The right of the first night is an ancient one,” he argued, though with no great passion, “as much a part of lordship as the right of pit and gallows. It is rarely used south of the Neck, I am told, but its continued existence is a lordly prerogative that some of my more truculent subjects would be loath to surrender. You are not wrong, my love, but sometimes it is best to let a sleeping dragon lie.” »

Fire & Blood: Jaehaerys and Alysanne – Their Triumphs and Tragedies

Cette situation résume exactement le paradoxe et la complexité que crée la surpuissance des Targaryen à cette époque. La coutume de la première nuit a été abolie (en tout cas sur le papier, coucou Roose Bolton) après cette discussion suite à l’intervention de Septon Barth, mais la crainte du roi et de ses conseillers résidait dans cette attaque directe aux droits féodaux des seigneurs (notamment du Nord), des droits clés du système féodal en place à Westeros (comme il a été instauré par Aegon Ier).

On peut voir cette « conquête législative » comme une façon pour le pouvoir royal Targaryen de tester les limites de la féodalité et de repousser encore plus loin ses capacités à gouverner le royaume et à s’imposer.

Jaehaerys et Alysanne, art by Douglas Wheatley

Par la suite, Jaehaerys va continuer à vouloir centraliser le pouvoir, en tentant de codifier les lois et traditions du royaume et les uniformiser. Cependant, il n’a jamais été question de remettre en cause la plupart des droits féodaux des seigneurs (militaire et judiciaire).

L’émanation du pouvoir féodal en pleine hégémonie des dragons : le Grand Conseil de 101 et la Danse des Dragons

Malgré l’hégémonie des Targaryen au moment du règne de Jaehaerys Ier et Viserys Ier, l’existence du système féodal reste incontestable, et très visible lors des moments qui touchent à la succession du pouvoir royal.

Le premier cas d’école c’est le Grand Conseil de 101. Analysé sous tous les angles pour déterminer les lois de succession du trône de Fer, nous allons ici nous contenter de le lire sous le prisme de la féodalité. Et une nouvelle fois, malgré toute la puissance de la maison royale à ce moment de l’histoire, ce sont bien les seigneurs qui en viennent à décider de l’héritier du trône.

« King Jaehaerys announced his intent to convene a Great Council, to discuss, debate, and ultimately decide the matter of succession. All the great and lesser lords of Westeros would be invited to attend, together with maesters from the Citadel of Oldtown, and septas and septons to speak for the Faith. Let the claimants make their cases before the assembled lords, His Grace decreed. He would abide by the council’s decision, whomever they might choose.« 

« King Jaehaerys had not attended the council, but when word of their verdict reached him, His Grace thanked the lords for their service and gratefully conferred the style Prince of Dragonstone upon his grandson Viserys.« 

Fire & Blood: Heirs of the Dragon – A Question of Succession

Nous sommes ici au cœur du contrat de vassalité entre le roi des Sept Couronnes et ses vassaux. Jaehaerys remet la décision de la succession entre les mains des vrais garants et détenteurs du système féodal. De cette façon, la contestation de la future décision est impossible et une potentielle guerre est évitée.

Cette décision signifie également une chose : le roi des Sept Couronnes est responsable devant les seigneurs du royaume et doit respecter la relation qu’il entretient avec eux, au même titre que ces seigneurs doivent respecter le roi et son pouvoir.

Un autre moment de succession où l’approbation des seigneurs a été nécessitée, c’est la nomination de Rhaenyra en tant qu’héritière de Viserys pour éviter Daemon.

« Once his mourning for his wife and son had run its course, the king moved swiftly to resolve the long-simmering issue of the succession. Disregarding the precedents set by King Jaehaerys in 92 and the Great Council in 101, Viserys declared his daughter, Rhaenyra, to be his rightful heir, and named her Princess of Dragonstone. In a lavish ceremony at King’s Landing, hundreds of lords did obeisance to the Realm’s Delight as she sat at her father’s feet at the base of the Iron Throne, swearing to honor and defend her right of succession.« 

Fire & Blood: Heirs of the Dragon – A Question of Succession

Le premier réflexe (et bon réflexe) de Viserys pour cimenter la position de Rhaenyra en tant qu’héritière est de convoquer les seigneurs du royaume (encore une fois, les garants du respect du contrat de vassalité et donc de la féodalité) afin de rendre la contestation de Rhaenyra la plus difficile possible. En effet, l’appui des seigneurs, comme lors du Grand Conseil de 101, est la plus puissante source de légitimité possible dans les Sept Couronnes. Preuve de la puissance que détiennent les seigneurs, de par le système féodal dans lequel ils évoluent.

Enfin, clôturons cette partie sur l’ère des dragons en parlant de la Danse. Passage incontournable de toute analyse de la société des Sept Couronnes, la Danse des Dragons est aussi un cas typique de l’émanation du pouvoir féodal en temps de guerre.

Comme déjà mentionné précédemment, l’un des principes du pouvoir féodal c’est la grande indépendance militaire des vassaux vis-à-vis du roi. Il n’est pas rare et même commun qu’un ou plusieurs vassaux puissants possèdent une armée supérieure à celle de leur suzerain. Dans de telles conditions, l’appui des vassaux est essentiel à la bonne conduite d’une guerre.

Et l’un des premiers réflexes des Verts comme des Noirs a été de sécuriser des alliances avec les différents seigneurs du royaume, afin d’obtenir leur soutien dans le conflit qui allait arriver. Et ce soutien s’est majoritairement obtenu via la négociation et les intérêts communs, et non via la menace et l’autorité des deux camps (à l’exception notable du Conflans où Daemon et Caraxès ont plus ou moins forcé la mains aux seigneurs riverains)

Le conseil des Verts, art by Douglas Wheatley

« A day passed, then another. Neither septons nor silent sisters were summoned to the bedchamber where King Viserys lay, swollen and rotting. No bells rang. Ravens flew, but not to Dragonstone. They went instead to Oldtown, to Casterly Rock, to Riverrun, to Highgarden, and to many other lords and knights whom Queen Alicent had cause to think might be sympathetic to her son.« 

« On her back rode Prince Aemond Targaryen, with a sapphire in the place of his missing eye. “Your purpose is to win the hand of one of Lord Baratheon’s daughters,” his grandsire Ser Otto told him, before he flew. “Any of the four will do. Woo her and wed her, and Lord Borros will deliver the stormlands for your brother. »

« We must fight this war with words before we go to battle,” the prince declared. The lords of the great houses held the key to victory, Daemon insisted; their bannermen and vassals would follow where they led. Aegon the Usurper had won the allegiance of the Lannisters of Casterly Rock, and Lord Tyrell of Highgarden was a mewling boy in swaddling clothes whose mother, acting as his regent, would most like align the Reach with her over-mighty bannermen, the Hightowers…but the rest of the realm’s great lords had yet to declare.« 

Fire & Blood: The Dying of the Dragons – The Blacks and the Greens

« When the prince asked what that might be, she answered, “Dragons. I have no fear of armies. Many and more have broken themselves against my Bloody Gate, and the Eyrie is known to be impregnable. But you have descended on us from the sky, as Queen Visenya once did during the Conquest, and I was powerless to halt you. I mislike feeling powerless. Send me dragonriders.”
And so the prince agreed, and Lady Jeyne knelt before him, and bade her warriors to kneel, and all swore him their swords. »

« Prince Jacaerys knew what was being asked of him. Before he left White Harbor a compact was drawn up and signed, by the terms of which Lord Manderly’s youngest daughter would be wed to the prince’s brother Joffrey once the war was over. »

« This we do know: Cregan Stark and Jacaerys Velaryon reached an accord, and signed and sealed the agreement that Grand Maester Munkun calls “the Pact of Ice and Fire” in his True Telling. Like many such pacts, it was to be sealed with a marriage. Lord Cregan’s son, Rickon, was a year old. Prince Jacaerys was as yet unmarried and childless, but it was assumed that he would sire children of his own once his mother sat the Iron Throne. Under the terms of the pact, the prince’s firstborn daughter would be sent north at the age of seven, to be fostered at Winterfell until such time as she was old enough to marry Lord Cregan’s heir.« 

« I thought as much,” Lord Borros said. “Go home, pup, and tell the bitch your mother that the Lord of Storm’s End is not a dog that she can whistle up at need to set against her foes.« 

Fire & Blood: The Dying of the Dragons – A Son for a Son

La guerre entre les Noirs et les Verts s’est donc avant tout jouée par leur capacité à rassembler des alliés, non pas grâce à leur autorité royale « absolue » (car elle ne l’est pas, comme je le démontre depuis le début de cet article) mais par la négociation et les offres, souvent de mariage.

Un suzerain (ou plusieurs dans ce cas de figure) qui appelle les seigneurs à l’aide pour gagner la guerre, et dont les armées sont composées quasi-exclusivement de vassaux et de leurs bannerets ? C’est là la démonstration claire de la société féodale des Sept Couronnes.

Ironiquement ou pas, la dernière bataille de la Danse, la bataille de la route Royale, a opposé deux armées composées de vassaux. Le sort de la guerre s’est donc décidé via leurs volontés et leurs forces.

L’ère des compromis (après 153) : la féodalité à son paroxysme

Après avoir traité la période où la dynastie régnante possédait des dragons, et donc une puissance de feu telle qu’elle lui permettait de cour-circuiter certains mécanismes féodaux, place à l’après, ce moment où les Targaryen sont obligés de composer sans leur plus grande arme (par soucis de cohérence j’ai choisi la date de 153 pour la mort du dernier dragon, mais aussi par manque de connaissances sur les destins des dragons après la Danse)

L’objectivité nous oblige à rappeler que cette période est moins documentée en profondeur que la précédente, et que les exemples que nous possédons sont moins nombreux. Nous en avons cependant largement assez pour continuer le développement.

Le règne d’Aegon V : quand être roi ne suffit plus

Le règne d’Aegon V est l’illustration parfaite de la façon dont la féodalité donne du pouvoir aux seigneurs vassaux, qui leur permet à terme de résister aux demandes de leur suzerain s’ils estiment qu’elles contreviennent à leurs droits.

Aegon V, art by Amok

« There were other battles during the time of Aegon V, for the unlikely king was forced to spend much of his reign in armor, quelling one rising or another. Though beloved by the smallfolk, King Aegon made many enemies amongst the lords of the realm, whose powers he wished to curtail. He enacted numerous reforms and granted rights and protections to the commons that they had never known before, but each of these measures provoked fierce opposition and sometimes open defiance amongst the lords. The most outspoken of his foes went so far as to denounce Aegon V as a « bloodyhanded tyrant intent on depriving us of our gods-given rights and liberties. »

It was well-known that the resistance against him taxed Aegon’s patience—especially as the compromises a king must make to rule well often left his greatest hopes receding further and further into the future. As one defiance followed another, His Grace found himself forced to bow to the recalcitrant lords more often than he wished. A student of history and lover of books, Aegon V was oft heard to say that had he only had dragons, as the first Aegon had, he could have remade the realm anew, with peace and prosperity and justice for all.« 

The World of Ice and Fire – The Targaryen Kings: Aegon V

Ce paragraphe résume pratiquement tout le problème de la situation des rois Targaryen depuis la perte des dragons. Sans leur puissance pour outrepasser les limites imposées par le pouvoir féodal, impossible de faire plier les seigneurs à leur volonté.

On ne parle pas ici de simple désaccords, mais bien de disputes armées et de révoltes face au roi, qui souhaitait retirer des privilèges aux nobles sans succès. Et qui dans la plupart des cas fut forcé à reculer devant leur résistance.

Et cerise sur le gâteau : Aegon est connu pour avoir regretté amèrement la perte des dragons, sans lesquels il est impossible pour lui de forcer la mains aux seigneurs, comme cela aurait pu être possible pour Jaehaerys Ier ou Aegon le Conquérant (voir ici un parallèle entre les dragons et une armée royale, qui aurait à terme mené à l’absolutisme en cas de destruction du système féodal et de mise au pas des seigneurs féodaux, par la force).

« And intent on one more thing: dragons. As he grew older, Aegon V had come to dream of dragons flying once more above the Seven Kingdoms of Westeros. In this, he was not unlike his predecessors, who brought septons to pray over the last eggs, mages to work spells over them, and maesters to pore over them. Though friends and counselors sought to dissuade him, King Aegon grew ever more convinced that only with dragons would he ever wield sufficient power to make the changes he wished to make in the realm and force the proud and stubborn lords of the Seven Kingdoms to accept his decrees.« 

The World of Ice and Fire – The Targaryen Kings: Aegon V

Autre aspect clef du règne d’Aegon V en lien direct avec la féodalité : sa volonté de marier ses enfants à de puissants vassaux. Alors que les Targaryen avaient tout intérêt à pratiquer l’inceste afin de garder le contrôle sur les dragons, la perte de ces derniers oblige les Targaryen « new-look » à forger des alliances avec leurs vassaux pour survivre.

« It had long been the custom of House Targaryen to wed brother to sister to keep the blood of the dragon pure, but for whatever cause, Aegon V had become convinced that such incestuous unions did more harm than good. Instead he resolved to join his children in marriage with the sons and daughters of some of the greatest lords of the Seven Kingdoms, in the hopes of winning their support for his reforms and strengthening his rule.« 

The World of Ice and Fire – The Targaryen Kings: Aegon V

Comme vous pouvez le lire, gagner le soutien des plus grands seigneurs de Westeros est une condition sine qua non pour que le roi puisse renforcer son pouvoir et atteindre ses objectifs. La clé du pouvoir féodal réside encore une fois dans la relation entre suzerain et vassaux.

Et lorsque les engagements d’une des deux parties ne sont pas respectés, l’autre peut considérer qu’elle a rompu le contrat de vassalité et engager des sanctions. C’est exactement ce qu’il va se passer lors de la rébellion de Lyonel Baratheon.

« Even that could not restore the peace, nor win back the friendship of Storm’s End, however. The father of the spurned girl, Lord Lyonel Baratheon of Storm’s End—known as the Laughing Storm and famed for his prowess in battle—was not a man easily appeased when his pride was wounded. A short, bloody rebellion ensued, ending only when Ser Duncan of the Kingsguard defeated Lord Lyonel in single combat, and King Aegon gave his solemn word that his youngest daughter, Rhaelle, would wed Lord Lyonel’s heir. To seal the bargain, Princess Rhaelle was sent to Storm’s End to serve as Lord Lyonel’s cupbearer and companion to his lady wife.« 

The World of Ice and Fire – The Targaryen Kings: Aegon V

Lorsque la couronne rompt un contrat de mariage, le seigneur d’Accalmie prend les armes et se rebelle contre elle, et réussit à obtenir réparation au final. Ce petit exemple montre bien à quel point il est primordial pour le roi des Sept Couronnes de respecter le pouvoir de ses vassaux, au risque de se voir défié.

Nous nous trouvons, à ce moment de l’histoire du royaume, vers la gauche du spectre de la polarisation du pouvoir féodal, bien loin de l’hégémonie royale et avec une forte influence des vassaux.

(Point supplémentaire : Aegon V est monté sur le trône après le Grand Conseil de 233, une nouvelle fois l’avis des seigneurs féodaux est requis pour désigner un nouveau roi dans une situation floue.)

L’exemple Robert Baratheon

Pour terminer ce développement sur la féodalité je vous propose de regarder de plus près les deux conflits majeurs de la vie de Robert Baratheon.

Robert Baratheon, art by Antonio José Manzanedo

Pour commencer, la rébellion de Robert face à la Couronne en 282 et 283. Cette rébellion est une nouvelle fois un cas typique présentant la puissance des vassaux dans un système féodal comme la clef des conflits et de leurs résolutions. C’est aussi le manquement au contrat de vassalité qui déclenche la guerre qui verra Aerys II chuter.

En effet, le comportement tyrannique et violent du Roi Fou fut au cœur du déclenchement de la rébellion de Robert, en plus de celui de son fils Rhaegar (les représentants de la Couronne) :

« What followed Prince Rhaegar’s infamous abduction of Lyanna Stark was the ruin of House Targaryen. The full depth of King Aerys’s madness was subsequently revealed in his depraved actions against Lord Stark, his heir, and their supporters after they demanded redress for Rhaegar’s wrongs. Instead of granting them fair hearing, King Aerys had them brutally slain, then followed these murders by demanding that Lord Jon Arryn execute his former wards, Robert Baratheon and Eddard Stark. Many now agree that the true start of Robert’s Rebellion began with Lord Arryn’s refusal and his courageous calling of his banners in the defense of justice. »

The World of Ice and Fire – The Fall of the Dragons: Robert’s Rebellion

En se montrant tyrannique et en refusant la justice aux seigneurs vassaux, Aerys II a provoqué la révolte de Jon Arryn, qui suivi par d’autres grandes maisons nobles comme les Baratheon ou les Stark, a démarré le conflit.

Pareillement, le roi Aerys, de par sa relation conflictuelle avec Tywin Lannister, s’est aliéné un allié de poids dans cette guerre, et qui s’avèrera être décisif au final. La gestion des relations avec les vassaux est encore une fois un impératif pour le suzerain des Sept Couronnes afin de maintenir sa place sur le trône.

Sans ses vassaux pour le soutenir, le roi féodal est impuissant et risque de se faire déposer.

Le cas inverse de la rébellion de Robert, c’est la rébellion de Balon Greyjoy de l’an 289. Cette rébellion est une nouvelle fois motivée par un rapport complexe avec le contrat de vassalité. Ici, Balon Greyjoy pensait miser sur le manque de soutien des vassaux du nouveau suzerain Robert Baratheon, et ainsi obtenir son indépendance.

« Balon Greyjoy did not believe that many of the Lords would answer Robert’s calling of the banners because he was still viewed as an Usurper. »

George R.R. Martin – Philadelphia Worldcon 2001

« Yes. Obviously Balon was wrong, but he believed that Robert, as a usurper, might not have the strong support of the other lords the way that a Targaryen king would have. He also thought he could defeat Robert at sea. »

George R.R. Martin – Asshai.com Forum Chat, 27 juillet 2008

Sauf que cette fois-ci, les seigneurs vassaux du suzerain ont répondu présent et la rébellion des Greyjoy fut écrasée très rapidement. Le pouvoir du nouveau roi est donc jaugé en fonction de sa capacité à fédérer la loyauté de ses vassaux, sans qui il ne pourrait espérer maintenir son règne ou gagner des guerres.

Conclusion

L’objectif de ce développement était de démontrer en quoi, malgré les doutes naturels qui peuvent survenir devant la puissance de la dynastie Targaryen à son zénith quand à la nature du système des Sept Couronnes, le royaume est depuis sa création un royaume féodal, avec un système clair qui s’inscrit parfaitement dans le spectre de la polarisation du pouvoir féodal.

On pourrait se dire « eh bien les Sept Couronnes étaient une monarchie absolue qui est devenue féodale ». Mais alors comment m’expliquerez vous que les structures mêmes du royaume n’ont pas été changées lors de cette transition ? Tout simplement car le système a toujours été le même, et que les dragons sont la raison pour laquelle le pouvoir royal était prédominant, sans pour autant signifier la présence d’une monarchie absolue.

Le fait que le royaume des Sept Couronnes soit un royaume féodal a son importance. Cela permet d’analyser plus en profondeur les dynamiques entre roi et seigneurs, la question de la légitimité, de l’efficacité du système et aussi purement et simplement les conflits qui jonchent son histoire. Et ce fait est très difficilement contestable.



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